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Du grec δόγμα (dogma), « opinion », un dogme est une affirmation considérée comme fondamentale, incontestable et intangible par une autorité politique, philosophique ou religieuse qui emploiera dans certains cas la force pour l'imposer. Historiquement, le dogme a été une formulation d'un article de foi, utilisée lorsque le critère de conformité à la foi[non neutre] devait être utilisé par le pouvoir judiciaire, lorsque le pouvoir temporel (historiquement, l'empire romain d'orient) sanctionnait pénalement les déviations par rapport à l'orthodoxie[non neutre]1. A/ Dans son sens propre, le mot dogme (mot attesté en 1580, issu du latin ecclésiastique dogma, lui-même du grec δόγμα dogma, « opinion ») appartient au vocabulaire philosophique et religieux. Le mot dogme est d'origine philosophique puis devient religieux avec le christianisme. Pour la liste des dogmes catholiques, voir l'article Dogmes catholiques B/ Certaines croyances non religieuses sont souvent appelées dogmes, notamment en politique ou en philosophie. Cet usage est en général péjoratif et sous-entend que les gens soutenant une telle croyance le font par conformisme et sans critique. Il est utilisé par analogie dans d'autres domaines:
modifier Nature juridique d'un dogmeLe dogme est directement lié à la notion d'autorité, selon le Vocabulaire technique et critique de la philosophie de Lalande (PUF) :
Par la définition de la « foi droite » (l'orthodoxie) le dogme définit en contrechamp, l'hérésie qui professe une opinion différente sur un point discuté, du point de vue de l'autorité qui le promulgue. Les conciles des premiers siècles statuèrent dans ce cadre sur des questions de christologie. La nature juridique du dogme remonte à la crise arienne2. Auparavant, les conciles sont locaux : ce sont des tribunaux où l'on juge les minoritaires, tel celui de Hiérapolis qui avait exclu Montan en 175. Avec la crise arienne au lieu d'être local (assorti de conséquences locales) le concile, par la volonté de l'empereur, devient œcuménique et les conséquences s'étendent à tout l'empire. La seule issue pour l'hérétique condamné est alors l'exil. L'émergence du christianisme comme religion officielle de l'État entraîna parfois une double confusion :
modifier Théologie du dogme dans le catholicisme
La Transfiguration. Pologne, fin XIVe / début XVe siècle.
L'image de l'amande, dont il faut casser l'écorce pour trouver la substance nourrissante, se retrouve dans l'art: c'est à cause de cette symbolique que dans les icônes, le Christ est parfois représenté au centre d'une figure en forme d'amande. modifier Dogme et foiPour le catholicisme, la question première à se poser face à un dogme est ce qu'il signifie, ou plus exactement : en quoi la compréhension de ce que recouvre cet énoncé peut-il rapprocher le croyant de Dieu ? Dans cette perspective, ce que les systèmes religieux doivent essayer de transmettre à travers leurs dogmes n'est pas une philosophie arbitraire, mais quelque chose dont la légitimité se justifie par le fruit expérimental et collectif de milliers d'années de méditations. Pour le catholicisme, la foi n'est pas une connaissance intellectuelle, mais un cheminement vers Dieu, où les dogmes jouent le rôle de moyens.
Le lien organique entre la Foi et le dogme conduit parfois à confondre les deux dans une approche (justement dénoncée comme dogmatique) pour laquelle la foi consisterait à adhérer à la vérité des dogmes. Cela reviendrait à croire que c'est la connaissance qui permet d'être sauvé, comme le croient par exemple les gnostiques. Une telle conception serait aux yeux de la majorité des chrétiens une hérésie. modifier Le dogme dans l’initiation catholiqueLa compréhension d'un dogme s'appuie sur un parcours initiatique, qui demande un travail personnel et du temps. C'est l'enseignement réaffirmé par le concile de Vatican II: un dogme n'est pas un énoncé arbitraire, mais quelque chose qui doit trouver un écho dans la vie personnelle du fidèle:
Celui qui y réfléchit par lui-même, et compare le résultat à ce qu'on lui a dit, finit par reconnaître le concept qui se cachait sous les mots. C'est un symbole, au sens étymologique : le dogme tient de la formule de reconnaissance, il indique à celui qui n'a pas encore franchi l'étape initiatique qu'il y a quelque chose au delà, et il permet à celui qui l'a franchie de savoir qu'il a passé la bonne porte. C'est ainsi que le comprend Saint Augustin:
Pour un catéchumène, et même pour le chrétien confirmé qui poursuit l'approfondissement de sa foi, la question n'est pas de savoir si ce qu'énonce un dogme est vrai ou non (on ne peut en discuter qu'après avoir franchi l'étape correspondante), mais s'il a compris ou non ce qu'il signifie. Chacun progresse à son rythme dans la compréhension de la foi. Il est normal et respectable de ne pas comprendre tel ou tel enseignement, et de se poser des questions sur sa signification. Dans cette progression, la compréhension personnelle est essentielle; l'enseignement ne peut pas s'y substituer. Cette compréhension personnelle, à son tour, ne s'appuie pas sur les seules facultés intellectuelles de l'Homme; la tradition catholique retient que dans le domaine spirituel, cette compréhension n'est possible que sous l'action de l'Esprit-Saint:
modifier Foi et raisonLe rejet du dogmatisme au nom du rationalisme y est justifié par l'idée que la religion est une source d'autorité arbitraire et irrationnelle. De fait, le dogme n'est pas immédiatement accessible à la raison: il semble souvent un énoncé arbitraire, voire incompréhensible, pour celui qui le découvre. Par sa nature, en effet, un dogme n'est pas immédiatement compréhensible - sinon ce ne serait qu'une vérité scientifique banale. L'Église ne revendique cependant de n'être qu'un conservatoire de sagesse et d'expérience spirituelle : la transmission des dogmes n'est pas un acte d'autorité,3 mais un service dû à la Vérité.
Traditionnellement, la vérité est vue comme une amande enfermée dans sa coquille de mots : il faut casser l'écorce. modifier Dogme dans les religions chrétiennesPour les catholiques, le seul enseignement ne devrait être que la parole de Dieu, puisqu'il n'y a pas d'enseignement humain possible (Thomas d'Aquin, De Magistro, De veritate). Pour les Églises issues de la Réforme,
modifier Philosophiemodifier Histoire du dogmatismeLe dogmatisme est une philosophie de la connaissance qui considère que l'homme a la possibilité d'atteindre une vérité absolue au moyen de la raison, même dans les recherches métaphysiques. Avec des nuances importantes, elle fait le fond des doctrines de Platon, Aristote, des Stoïciens et des néo-platoniciens. Au contraire, les dogmes sont rejetés par des écoles philosophiques comme le rationalisme et le scepticisme. Plus tard, elle se retrouve chez Descartes, Leibniz et Spinoza. Dans l'histoire de la philosophie, il s'oppose d'ordinaire au scepticisme. Pourtant, dès l'antiquité, une solution intermédiaire qu'on appelle le probabilisme, a été proposée par Carnéade. Le débat de la connaissance est encore entre le dogmatisme, le scepticisme et le probabilisme. Sous l'influence de la critique de Kant et du positivisme, bien des penseurs contestent effectivement la valeur absolue des métaphysiques "rationnelles", mais croient possible de réaliser une approximation croissante de la vérité, même dans la métaphysique. modifier Le Dogme du point de vue des Sciences religieusesDans le tableau qui suit, on utilise la distinction établie par Louis-Auguste Sabatier (théologien protestant français) entre Religions d'autorité et Religion de l'esprit, soit du libre examen, soit les orthopraxies. En effet, toutes les religions n'ont pas de dogmes (doctrines attirant une adhésion plus ou moins obligatoire) ; c'est une spécialité chrétienne. Dans les confessions chrétiennes où le dogme est "obligatoire", la foi est confondue avec les croyances. Dans les autres confessions et plus largement les autres religions abrahamiques, la foi est réputée venir de Dieu ou des dieux et n'a pas de lien avec les croyances.
modifier Critique du dogmeLa science n'admet aucun dogme du fait que toute théorie scientifique est sujette à la critique, les axiomes de départ pouvant être remis en cause. En principe, une théorie scientifique ne comporte pas de jugement de valeur et repose sur des faits dûment observés et vérifiés. C'est l'interprétation de ces faits qui peut être sujette à caution, même si leurs auteurs scientifiques admettent, parfois avec difficulté, la remise en cause de leurs découvertes. Le dogmatisme de l'Église catholique fut vivement critiqué par les scientifiques et les philosophes des Lumières, particulièrement l'attitude de certains théologiens au XVIIe siècle au sujet de l'affaire Galilée et de sa condamnation pour le dialogue sur les deux grands systèmes du monde (1633). La révolution copernicienne s'effectua du XVIe au XVIIIe siècle en réaction à l'obscurantisme. Les philosophes des Lumières, en particulier Rousseau dans le Contrat Social aboutissent au système d'équations suivant :
Marcel Gauchet fait observer « La Révolution est amenée à refaire pour son compte le chemin de pensée conduisant de la subordination politique de la religion à l’affirmation métaphysique de l’autonomie. » (La religion dans la Démocratie, page 70) modifier Liens et référencesmodifier Bibliographie
modifier Notes
modifier Voir aussi |
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