Vie après la mort.html

 
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Timbre-poste des Îles Feroe représentant Baldur et Hodur revenant de Hel (royaume des morts)

La question du prolongement ou de l'anéantissement de la conscience après la mort est ancienne. Une grande partie des chercheurs de la méthode scientifique ont conclu qu'il n'existait pas de preuves d'une "vie après la mort". Mais il existe cependant de nombreuses hypothèses, croyances ou témoignages sur cette question.

Synonymes : "après-vie", "destinée des morts", "eschatologie", "existence post mortem", "outre-tombe", "outre-vie", "survie de la personnalité humaine", "survivance de l'âme", "vie dans l'au-delà", "vie future"…

La connaissance qui étudie le destin de l'âme après la mort s'appelle "eschatologie individuelle". Eschatos (ἔσχατος) en grec signifie "dernier" et logos signifie "étude". L'eschatologie est donc la doctrine qui concerne les fins dernières1.

Sommaire

modifier Documents sur la vie après la mort

Il existe de nombreux documents traitant de cette question. Certains ethnologues ont documenté les croyances et les rites chez les peuples premiers. On peut lire, par exemple, l'Ethnologie régionale de Jean Poirier2. Les spécialistes en sciences religieuses ont examiné les superstitions et les théologies sur l'au-delà, l'âme etc. En philosophie, les historiens de la pensée rapportent diverses doctrines sur l'âme, la rétribution, l'immortalité. Les historiens de l'ésotérisme accumulent les données, surtout pour le chamanisme, le lamaïsme, le théosophisme, l'anthroposophie. En psychologie, il existe également diverses études sur les "expériences vécues de la survie après la mort" (titre de I. Wilson) : expériences de mort imminente, traditions populaires sur les revenants, visions d'apocalypse etc.

modifier Arguments et contre-arguments sur la vie après la mort

Premier argument : le consensus. La plupart des peuples, depuis la préhistoire, croient ou espèrent une survie après la mort. Mais la croyance en la survie est assez diversifiée pour qu'on ne trouve pas de fond commun; d'autre part, une croyance n'est pas une preuve ; au reste, il n'y a pas unanimité : on trouve des opposants à l'idée de survie : les matérialistes. La notion de survie regroupe plusieurs hypothèses séparées : la distinction entre corps et âme, l'existence de l'âme ou d'une âme, la nature de la survie, la substance de l'entité qui survit, peut-être la rétribution des âmes et l'immortalité de l'âme, etc.

Deuxième argument : quantité de philosophes et de théologiens ont développé des raisonnements pour prouver l'existence de l'âme et son immortalité ou sa survivance. Platon, dans le Phédon, a avancé cinq arguments : par les opposés (69-72 : "les vivants naissent à partir des morts", donc l'âme existe après la mort), par la réminiscence (72-78 : l'âme a appris dans un temps antérieur, où elle n'était pas dans une forme humaine, et elle peut s'en souvenir), par l'affinité (78-84), par l'harmonie (84-86), par l'essence (102-107).

Troisième argument : Il y aurait de soi-disants contacts avec les morts, notamment avec les fantômes, les "esprits", etc. Pline le Jeune a laissé une célèbre histoire de fantôme [1]. Les annales des spirites abondent en communications avec des morts, apparemment. - Mais l'établissement des faits, leur interprétation posent diverses difficultés.

modifier Témoignages

On ne dispose d'aucune preuve sur une vie après la mort mais de témoignages qui peuvent être interprétés de diverses manières.

1. Les expériences spirites de contact avec des âmes désincarnées, des "esprits", des fantômes. Les médiums, en état de transe (et pas seulement depuis le spiritisme d'Alan Kardec3), disent communiquer avec les esprits des morts. Mais on a vu des médiums qui se croyaient en communication avec un mort, alors que la personne contactée était parfaitement vivante ; ou, le mort n'était qu'une personnalité du médium, ou un phantasme. Stanley Hall a réussi à faire incarner au célèbre médium spirite Mrs Piper une de ses soi-disantes parentes, Bessie Beals, qui n’avait jamais existé 4.

2. Les expériences de mort imminente. Raymond Moody (La vie après la vie, 1975) a rapporté le témoignage de personnes ayant subi une mort apparente et qui, une fois réanimées, décrivent une expérience qui, d'un sujet à l'autre, offre des ressemblances. "L'expérience modèle", selon Moody, se présente ainsi :

"Voici donc un homme qui meurt, et, tandis qu’il atteint le paroxysme de la détresse physique, il entend le médecin constater son décès. Il commence alors à percevoir un bruit désagréable, comme un fort timbre de sonnerie ou un bourdonnement, et dans le même temps il se sent emporté avec une grande rapidité à travers un obscur et long tunnel. Après quoi il se retrouve soudain hors de son corps physique, sans quitter toutefois son environnement immédiat; il aperçoit son propre corps à distance, comme en spectateur. Il observe de ce point de vue privilégié les tentatives de réanimation dont son corps fait l’objet; il se trouve dans un état de forte tension émotionnelle. Au bout de quelques instants, il se reprend et s’accoutume peu à peu à l’étrangeté de sa nouvelle condition. Il s’aperçoit qu’il continue à posséder un "corps", mais ce corps est d’une nature particulière et jouit de facultés très différentes de celles dont faisait preuve la dépouille qu’il vient d’abandonner. Bientôt, d’autres évènements se produisent: d’autres êtres s’avancent à sa rencontre, paraissant vouloir lui venir en aide; il entrevoit les esprits de parents et d’amis décédés avant lui. Et soudain, une entité spirituelle, d’une espèce inconnue, un esprit de chaude tendresse, tout vibrant d’amour - un être de lumière - se montre à lui. Cet être fait surgir en lui une interrogation, qui n’est pas verbalement prononcée, et qui le porte à effectuer le bilan de sa vie passée. L’entité le seconde dans cette tâche en lui procurant une vision panoramique, instantanée, de tous les évènements qui ont marqué son destin. Le moment vient ensuite où le défunt semble rencontrer une sorte de barrière, ou de frontière, symbolisant l’ultime limite entre sa vie terrestre et la vie à venir. Mais il constate alors qu’il lui faut revenir en arrière, que le temps de mourir n’est pas encore venu pour lui. A cet instant, il résiste, car il est désormais subjugué par le flux des évènements de l’après vie et ne souhaite pas ce retour. Il est envahi d’intenses sentiments de joie, d’amour et de paix. En dépit de quoi il se retrouve uni à son corps physique: il renaît à la vie. Par la suite, lorsqu’il tente d’expliquer à son entourage ce qu’il a éprouvé entre temps, il se heurte à différents obstacles. En premier lieu, il ne parvient pas à trouver des paroles humaines capables de décrire de façon adéquate cet épisode supraterrestre. De plus, il voit bien que ce qui l’écoutent ne le prennent pas au sérieux, si bien qu’il renonce à se confier à d’autres. Pourtant cette expérience marque profondément sa vie et bouleverse notamment toutes les idées qu’il s’était faites jusque-là à propos de la mort et de ses rapports avec la vie" (Raymond Moody, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, 1977, trad., J'ai lu, p. 36-37).

Les psychiatres, en majorité, ont vivement réagi contre une interprétation en faveur d'une vie après la mort. Pour eux, il n'y a pas expérience d'un au-delà, mais traumatisme. D'ailleurs, on peut reproduire artificiellement une E.M.I. (Olaf Blanke, 2002).

3. Les analogies avec certains phénomènes naturels. La mort serait comme le sommeil (suivi du réveil), comme l'hiver (suivi du printemps).À cela, un rationaliste répond : "Comparaison n'est pas raison."[réf. nécessaire]

4. Les souvenirs, réminiscences... Depuis la Grèce Antique, il est question de personnes qui auraient le souvenir de leurs incarnations passées (Pythagore, Empédocle) ou qui soutiennent qu'on peut se rappeler sa vie dans l'Hadès ou dans le monde idéal (Platon : la réminiscence). Empédocle : "Un homme extraordinaire par son savoir, un génie ayant su acquérir un trésor de sapience [Pythagore]... pouvait évoquer les souvenirs précis de tout ce que, homme ou bête, il avait été en dix et même vingt vies humaines vécues" (fragment 129). - Un esprit critique oblige à ajouter que les "souvenirs des vies antérieures" pourraient être l'expression de phantasmes ou des amalgames mentaux. La réminiscence n'est qu'une théorie philosophique.

5. Des enquêtes scientifiques. Ian Stevenson, professeur à l'Université de Virginie, a analysé des milliers de témoignages sur la réincarnation, et publié vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation5. Il s'appuie sur les souvenirs, la confrontation entre les souvenirs que les "réincarnés" ont de leur vie passée et des réalités qu'ils ne connaîtraient pas. Par exemple, Parmod, né le 11 octobre 1944 dans l'Uttar Pradash (Inde), déclare, vers deux ans et demi, que sa femme vit à Moradabad, à trois-quatre ans il dit avoir eu un magasin de biscuits appelé "Mohan Frères", à Moradabad, qu'il avait été malade après avoir trop mangé du lait caillé ; Stevenson contrôle : chez les "Mohan Frères" de Moradabad, un Parmanand est mort le 9 mai 1943, suite à une maladie contractée après s'être gavé de lait caillé... Mais Stevenson refuse cependant de prendre position entre fraude, cryptomnésie, perception extrasensorielle associée à la personnification, possession, réincarnation (p. 662).

modifier Types de scénarios pour la survivance

Comment se déroulerait la survivance de "l'âme" après la mort ? Plusieurs options existent, parfois compatibles, car tel type de survivance peut succéder à tel autre (le salut après la damnation ; l'extinction après la réincarnation), ou tel type de survivance concurrence tel autre (soit réincarnation individuelle soit palingénésie collective ; soit enfer soit paradis), ou telle survivance convient à telle espèce de vivants et telle autre survivance à telle autre espèce (paradis pour les humains, métamorphose pour les végétaux et animaux). Pierre A. Riffard a proposé une classification schématique des modes de la vie post mortem6 :

1. Existence neutre. Certains théologiens envisagent une subsistance de l'âme, comparable au sommeil, à l'hibernation, au coma, sans sensibilité ni mouvement, une sorte de parenthèse entre l'ancienne vie physique et le futur statut (réincarnation, paradis ou autre). Une des demeures de l'Au-delà des musulmans s'appelle A'râf, voile entre le paradis et l'enfer, et héberge prophètes, saints, justes, enfants nés avant l'âge de raison, ou bien ceux dont les bonnes et mauvaises actions s'équilibrent ; là, l'existence est dite neutre.7

2. Félicité. Le mort atteint la béatitude, la libération, la réintégration, la fin des réincarnations, la fusion avec Dieu ou l'Un, le paradis... ; l'âme, ou une âme, ou l'esprit, continue d'être, quoique différemment et pleinement. De façon imagée, les Mystères d'Éleusis promettent aux initiés, après la mort, un "bois couvert de fleurs", une "plaine de Vérité" où couler une existence de béatitude. Zalmoxis, figure mythique des Gètes (ancien peuple thrace), promet à tous ceux qui le suivent qu'ils "iraient en un lieu où ils survivraient toujours et jouiraient d'une complète félicité" (Hérodote, IV, 95).

3. Extinction. L'âme, immédiatement après l'existence terrestre ou bien après des vicissitudes (comme la réincarnation), disparaît, s'évapore. Selon le Bouddha, qui utilise la notion de nirvâna ("extinction"), il se produit, à la fin des cycles de renaissances (le samsâra), un "épuisement complet" des causes de renaissance, comme le feu qui a consumé son combustible ; l'âme (qui, selon le bouddhisme, n'est pas une substance, mais un agrégat), alors, cesse d'être, pour se disperser ou s'annihiler.

4. Existence ombreuse. Après le décès, l'âme se transforme en fumée, ombre, image, survit en une vie ralentie et vaine. Dans le védisme, le mort (preta) n'est que le double ombreux du vivant. Dans le judaïsme le plus ancien, tous les morts vont au Shéol où ils vivent en ombres semi-conscientes dans le silence (Psaume 94), sans souvenir, sans information, sans joie, en "faibles" (Job, XXVI, 5 ; Isaïe, XIV, 9) : "Il n'y a ni oeuvres ni comptes ni savoir ni sagesse dans le Shéol où tu vas" (Ecclésiaste. Qohélet, 9:9). Selon Homère, quand elle a quitté le corps, "l'âme, à la façon d'une fumée, disparaît sous la terre avec un petit cri" (Iliade, XXIII, 107), elle s'engouffre dans l'Hadès, un sous-sol infernal ; là, elle n'est plus qu'une image (eidôlon), elle devient "une ombre ou un songe envolé", un fantôme privé de force et d'esprit (Iliade, XVI, 857), elle ne se souvient plus de son existence antérieure.8.

5. Existence stellaire. Après la mort, l'âme s'élève au ciel et se change en étoile ; l'âme, le "souffle", retourne au monde supérieur, supra-lunaire, dont elle est issue. Les anciens Égyptiens, parfois, se représentent le mort comme une étoile au ciel nocturne. Pour les pythagoriciens, les âmes dépouillées de leur corps suivent la voie lactée, car les âmes sont composées de lumière astrale (Héraclide du Pont, fragments 93-99). Alors que Pythagore plaçait l'âme entre deux incarnations sous la terre, les néopythagoriciens la situent entre Terre et Lune. La notion d' "immortalité astrale" existe en Grèce depuis le Ve s. av. J.-C., chez Aristophane, Alcméon, Euripide...9

6. Existence démoniaque. Le mort ou tel mort (les méchants, les victimes de mort violente, les suicidés...) se fait spectre, fantôme, vampire, démon, mâne, mort-vivant... Parmi les six "destinées" (gati) prévues par le bouddhisme figurent le titan (asura), le trépassé (preta, esprit affamé).

7. Damnation. L'âme va en enfer, l'enfer étant un lieu ou un état ou un moment. Matthieu : "dans la fournaise ardente, là seront les pleurs et les grincements de dents" (XIII, 42). La pire des six destinées (gati) dans le bouddhisme est celle d'habitant dans les enfers (naraka), il y en a huit, entourés de seize enfers annexes, où les gens peuvent être coupés, broyés, dévorés vivants par des oiseaux au bec de fer, entaillés par les feuilles des arbres.

8. Réincarnation, transmigration dans un autre corps humain. Le transvasement de l'âme post mortem se limite aux corps physiques d'hommes. L'âme se conserve en partie pour émigrer dans un nouvel organisme humain. Le premier grand théoricien est, en Inde, Yâjñavalkya, et en Europe Pythagore, tous deux du VIe s. av. J.-C. Napoléon, selon Talleyrand, se prenait pour une réincarnation de Charlemagne. Saint Jean Baptiste serait une réincarnation du prophète Élie, selon l'interprétation des réincarnationnistes chrétiens.

9. Métempsycose, transmigration dans un corps qui peut être, certes humain, mais aussi animal ou végétal. L'âme ou un élément psychique reprend corps dans une plante ou un animal, ou dans un corps d'homme (c'est la réincarnation), parfois dans un minéral. Selon swâmi Dayânanda Sarasvatî,

"En punition des péchés physiques, un homme renaîtra sous forme végétale ; pour les péchés de la parole, il prendra la forme d'un oiseau ou d'un quadrupède ; et, pour les péchés de la pensée, il vivra dans les conditions humaines les plus basses" (Satyârtha-prakâsha. La Lumière de la Vérité, 1865, trad., Adrien-Maisonneuve, 1940, p. 335).

10. Palingénésie, retour à la vie, métensomatose. C'est une renaissance qui est régénération. Selon le Rig-Veda récent, les éléments de l'individu à sa mort passent dans le Soleil, le vent, les eaux, les plantes, et se redistribuent, puisque la plante va se nourrir d'eau, l'animal mangera la plante, et l'animal à son tour sera mangé par l'homme. L'orphisme défend la palingénésie (plus que la réincarnation) ; Platon expose la doctrine orphique de la palingénésie dans le Phédon (70c) :

"Il existe une antique tradition [l'orphisme] dont nous gardons mémoire, selon laquelle les âmes arrivées d'ici existent là-bas [dans l'Hadès, l'Au-delà], puis à nouveau font retour ici même et naissent à partir des morts."

11. Éternel Retour. C'est une palingénésie universelle. Au niveau des âmes, les âmes revivent les mêmes choses après des milliers d'années. Les stoïciens, du moins les plus anciens (Zénon, Cléanthe, Chrysippe), défendent cette vision [2]. Au terme de 365 fois 10.800 années (la Grande Année selon Diogène de Babylone), le monde s'embrase et tout recommence exactement pareil, avec les mêmes hommes, les mêmes actes, dans les mêmes lieux. La transmigration se fait collective, cosmique et cyclique.

"Lorsque chacun des astres errants [planètes] revient exactement, en longitude et en latitude, au point du ciel où il se trouvait au commencement, alors que le Monde fut constitué pour la première fois, ces astres errants produisent, au bout de périodes de temps bien déterminées, l'embrasement et la destruction de tous les êtres. Puis, lorsque ces astres recommencent de nouveau la même marche, le Monde se trouve reconstitué ; les astres décrivant derechef le chemin qu'ils ont déjà parcouru, chaque chose qui s'était produite en la précédente période s'accomplit, une seconde fois, d'une manière entièrement semblable. Socrate existera de nouveau, ainsi que Platon, ainsi que chacun des hommes avec ses amis et ses concitoyens ; chacun d'eux souffrira les mêmes choses, maniera les mêmes choses ; toute cité, toute bourgade, tout champ seront restaurés. Cette reconstitution [apocatastase] de l'Univers se produira, non pas une fois, mais un grand nombre de fois ; ou plutôt, les mêmes choses se reproduiront indéfiniment et sans cesse" (Némésios d'Émèse, De la nature humaine, 38, trad. P. Duhem).

12. Re-naissance. C'est une transmigration qui concerne, non pas l'âme, mais le seul corps ou des éléments. Le bouddhisme accepte ce passage physique, où le corps transmet à un nouveau corps les éléments de l'ancien (ou des éléments psychiques, mais pas l'âme) ; en effet, le Bouddha nie la notion d'un moi qui transmigrerait, il estime que la re-naissance (Punarbhava) peut avoir lieu dès cette vie...

"Ainsi celui qui s’abstient de tuer des êtres vivants, de commettre des vols, de s’engager dans des actes sexuels illégitimes, de proférer des mensonges, des paroles calomnieuses, des paroles grossières, des propos frivoles, qui s’abstient de convoiter, possède une pensée sans aversion et se complaît dans des opinions non fausses, obtient des résultats agréables, qui se produisent tantôt dans cette vie même, tantôt dans la vie suivante, tantôt dans d’autres occasions se produisant au-delà de la vie suivante" (Suttapitaka, II : Majjhima-nikâya, n° 136 : Mahâkamma-vibhanga-sutta).

13. Métamorphose. Le phénomène est quasi biologique, comme le tétard qui se mue en grenouille, ou un phénomène physique, comme les poussières qui deviennent de nouvelles vies. Les anciens Égyptiens imaginent volontiers que les défunts se transforment en êtres divers, principalement en oiseaux, en échappant ainsi au monde souterrain. Leibniz défend la théorie de la métamorphose, du moins pour les non-humains :

"Les plantes et les animaux... viennent... de la transformation des vivants préexistants. Il y a de petits animaux dans les semences des grands, qui, par le moyen de la conception, prennent un revêtement nouveau qu’ils s’approprient, et qui leur donne moyen de se nourrir et de s’agrandir pour passer sur un plus grand théâtre et faire la propagation du grand animal... Et comme les animaux généralement ne naissent point entièrement dans la conception ou génération, ils ne périssent pas non plus entièrement dans ce que nous appelons mort ; car il est raisonnable que ce qui ne commence pas naturellement ne finisse pas non plus dans l’ordre de la nature... Ainsi, non seulement les âmes, mais encore les animaux sont ingénérables et impérissables : ils ne sont que développés, enveloppés, revêtus, dépouillés, transformés ; les âmes ne quittent jamais tout leur corps et ne passent point d’un corps dans un autre corps qui leur soit entièrement nouveau. Il n’y a donc point de métempsycose, mais il y a métamorphose. Les animaux changent, prennent et quittent seulement des parties ce qui arrive peu à peu et par petites parcelles insensibles, mais continuellement, dans la nutrition ; et tout d’un coup, notablement, mais rarement, dans la conception ou dans la mort, qui les font acquérir ou perdre tout à la fois." (Principes de la nature et de la grâce, § 6).

14. Résurrection. C'est le retour de la mort à la vie. L'individu, décédé, redevient vivant, dans la forme antérieure au décès. La première résurrection rapportée par la Bible juive est celle réalisée par le prophète Élie (IXe s. av. J.-C.) sur le fils de la veuve de Sarepta :

"Il arriva que le fils de la maîtresse de maison tomba malade, et sa maladie fut si violente qu'enfin il expira... Il [Elie] le monta sans la chambre haute où il habitait et le coucha sur son lit. Puis il invoqua Yahvé et dit : 'Yahvé, mon Dieu, veux-tu donc aussi du mal à la veuve qui m'héberge, pour que tu fasses mourir son fils ?' Il s'étendit trois fois sur l'enfant et il invoqua Yahvé : 'Yahvé, mon Dieu, je t'en prie, fais revenir en lui l'âme de cet enfant !' Yahvé exauca l'appel d'Elie, l'âme de l'enfant revint en lui et il reprit vie. Elie le prit, le descendit de la chambre haute dans la maison et le remit à sa mère ; et Élie dit : 'Voici, ton fils est vivant.' "(I Rois, 17:17-23).

La résurrection peut être aussi collective et intervenir à la fin des temps ; c'est la croyance chrétienne (première épître de Pierre). Saint Paul écrit : "Comment les morts ressuscitent ils ? avec quel corps reviennent ils ? ... Toutes les chairs ne sont pas les mêmes ... On est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité ... on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel" (I Corinthiens 15:35-44).

modifier Pourquoi des rites funéraires ?

La croyance en la survivance (de l'âme par exemple) est probablement à l'origine des divers rites funéraires, comme celui de la nourriture aux morts. Il s'agit d'apporter des nourritures symboliques censées aider le mort dans sa traversée vers l'au-delà. Mais il peut être aussi question de subvenir à ses besoins terrestres post-mortem (voir, entre autres, le Livre des morts des Anciens Égyptiens).

Une chose mérite réflexion : souvent, les rites funéraires ne s'accordent pas avec les croyances sur la mort. Exemple : les Grecs du temps d'Homère soutiennent que la vie dans l'Hadès est celle d'une ombre mais ils rendent pourtant un culte aux morts, ils disent que le chemin vers l'Hadès est à sens unique, sans retour, et pourtant ils vénérent des lieux où les morts reviennent révéler l'avenir par la voie des songes.10

modifier Dans l'art

Ces thèmes se retrouvent dans l'art (particulièrement dans la littérature et le cinéma de science fiction, qui a utilisé de nouveaux concepts, comme celui du Téléchargement de l'esprit, qui permettrait à l'esprit de continuer à vivre artificiellement après la mort).

modifier Quelques conceptions religieuses

Pour les anciens Grecs (Homère, Hésiode), il se produit quelque chose après la mort. L'âme passe le lac du Styx sur la barque de Charon, elle franchit les portes d'airan gardées par Cerbère, et elle demeure à jamais dans l'Hadès, le monde invisible, sous terre, avec la vie d'une ombre, "dépourvue de force et de sens", sans espoir de retour. L'Achille d'Homère dit ceci : "Même dans la demeure d'Hadès, l'âme et l'image sont, après tout, quelque chose" (Iliade, XXIII, 103). Mais le sort des bons n'est pas meilleur que le sort des méchants. Seuls les grands criminels (Sisyphe, Tantale, Ixion) sont châtiés ; et seuls quelques privilégiés (Ménélas, Achille) sont transportés aux Îles des Bienheureux.

Dans le védisme11, une distinction est faite entre le corps et un principe invisible, asu, force vitale, essence à base de souffle, d'origine corporelle et impersonnelle, et manas, "esprit", siège désincarné de la pensée et des sens internes, situé au coeur. Le mort (preta) n'est que le double ombreux du vivant, comme là psychê homérique. La conception védique dominante est celle d'un empire des morts situé sous la terre, un lieu de ténèbres sans joie, sur lequel règne Yama et où conduit "le chemin vers les pères" (pitryâna). Dans le Rig-Veda récent, les éléments de l'individu à sa mort passent dans le Soleil, le vent, les eaux, les plantes. Rien de précis n'est dit sur le jugement, la durée des peines, les fins dernières.

Dans l' hindouisme des Upanishad, chez Yâjñavalkya (VIe s. av. J.-C.), fondateur du Yajur-Veda blanc, apparaît la notion de renaissance, de réincarnation ; dans sa Brihadâranyaka-Upanishad [3], la notion de rétribution des mérites et des fautes apparaît, karman signifie maintenant "acte moral et résultat de l'acte" (et non plus "acte rituel"), l'homme se dissout à la mort, mais son karman est cause d'une naissance nouvelle qui héritera de ses actes bons ou mauvaus de l'existence antérieure. Dans un ouvrage attribué au même Yâjñavalkya, le Shatapatha-Brâhmana, du Yajur-Veda blanc, il est posé que que ceux qui n'accomplissent pas correctement les rites renaissent après la mort, que l'immortalité acquise par les rites est de durée limité, que la crémation produit une nouvelle naissance ; qu'on passe à la mort entre deux feux, qui brûlent les méchants et épargnent les bons, lequels vont alors vers le Soleil. D'autres Brâhmana ajoutent que le père renaît dans le fils.

Dans le bouddhisme originel12 les êtres vivants (sattva) se répartissent en six "destinées" (gati), selon les actes dont ils éprouvent rétribution selon les actes des vies antérieure : 1) habitants des enfers (naraka, séjours des damnés, souffrant, jusqu'à épuisement du mauvais karma), 2) animaux, 3) trépassés (preta, intervalles des mondes où vivent les trépassés, morts faméliques), 4) titans (asura, dieux inférieurs), 5) dieux (deva), 6) hommes. Entre les destinées successives, les êtres sont dans une existence intermédiaire (antarâbhava). Il s'exerce moins une loi des causes, une rétribution des actes (karman), qu'un processus automatique, une transmigration (samsâra) due aux actes, du corps, de la parole ou de l'esprit : par effet naturel, toute action appuyée sur une volition produit ses effets. L'être qui transmigre (pudgala) n'est pas vraiment une personne, plutôt un agrégat (khandha), une continuité phénoménale aux éléments changeants, sans soi permanent. L'enchaînement de la transmigration est dû à trois racines du mal (akushala) : la haine, le désir, l'ignorance. Le saint (arhat), libéré des divers liens, n'a plus de re-naissance (Punarbhava, en pāli : punabbhava).

Les religions des Indiens d'Amérique13 font du royaume des morts une copie fidèle du monde des vivants. La représentation classique du royaume des morts en Amérique du Nord est désignée par ces termes : "les terres fortunées de la chasse". Plusieurs tribus de la Prairie imaginent le séjour des morts comme une prairie ondoyante où ils chassent le buffle avec succès, habitent dans des tipis, festoient et dansent. Ceux qui ont péché sont exclus de la communauté, dans le royaume des morts, ils sont condamnés à la vie errante des spectres, ou ils périssent en se rendant dans l'autre monde ou encore ils sont envoyés dans un autre pays que celui qui accueille les morts ordinaires. L'idée d'un jugement dernier après la mort et celle d'une véritable loi du talion dans l'au-delà n'existent pas chez les Indiens.

modifier Quelques conceptions philosophiques

Les anciens stoïciens (Zénon, Cléanthe, Chrysippe), avant Diogène de Babylone, croient l'Éternel retour, c'est-à-dire à la répétition périodique sans fin des mêmes éléments de l'univers, âmes et comportements humains compris.

"Pour Plotin, chaque âme est conduite où elle a mérité de parvenir en fonction de sa vie passée. Le défunt, séjournant temporairement dans le monde des morts, revient sur terre pour se parfaire, pour corriger les conséquences de ses actes passés (Ennéades, I). Les âmes qui n'ont pu s'affranchir du corps retournent dans des corps humains. Quelques-unes même, qui sont devenues animales, retombent dans le corps des animaux (ce qui correspond, non à la doctrine de la réincarnation elle-même, mais plutôt au concept de métempsycose). Quelques-unes, des meilleures, sont admises à choisir elles-mêmes leurs nouveaux corps. D'autres, enfin, s'élèvent au-delà du ciel, sont changées en étoiles et, de là, contemplent le spectacle de l'univers (Ennéades, III, 4, 2-5). Enfin, les âmes les plus pures vont se confondre avec Dieu (Ennéades, III, 4, 6). Celui qui a tué devient un homme destiné à être assassiné ; un fils qui a tué sa mère redevient une mère tuée par son fils (Ennéades, III, 4, 13)." (Charles-Rafaël Payeur, Dictionnaire critique de l'ésotérisme, PUF, p. 1097-1098).

modifier Quelques conceptions ésotériques

Dans les Mystères d'Éleusis, la destinée de l'âme post mortem est fonction de l'initiation ou pas, donc elle pose deux degrés hiérarchiques (profane/initié). Platon rapporte leur enseignement : "Quiconque arrive dans l'Hadès en profane, sans avoir été admis aux Mystères et initié, sera couché dans le Bourbier ; celui qui, au contraire, aura été initié et purifié partagera, une fois arrivé là-bas, la demeure des dieux" (Phédon, 69c). Bourbier pour les profanes, félicité pour les initiés.

La conception défendue par l'orphisme se place sur deux plans naturels (animal/humain). Selon Proclos14, "Orphée veut que les âmes humaines s'en aillent aux lieux souterrains pour y être purifiées ou châtiées, et dans les prisons infernales où elles sont punies. Mais les âmes des animaux voltigent là-même dans l'air, jusqu'à ce qu'elles aient été de nouveau enchaînées en d'autres corps." Purification pour les humains, palingénésie pour les animaux.

Rudolf Steiner, le fondateur de l'anthroposophie, prétend tenir ses données sur la vie après la mort d'une "investigation spirituelle", qu'il expose dans ses recueils de conférences, dont Le sens de la mort (1907-1914), La vie entre la mort et une nouvelle naissance (1912-1913), La mort, méptamorphose de la vie (1917-1918). Il distingue les étapes suivantes. 1) Le corps physique se détache du corps éthérique (force vitale). 2) "Tout de suite après la mort, l'impression est comme si notre être se répandait dans tout ce qui nous est extérieur" (Macrocosme et microcosme, p. 342). 3) Le corps astral, encore, peut désirer : c'est, en quelque sorte, l'enfer. 4) Le Moi se purifie et se libère : c'est, en quelque sorte, le paradis. 5) "Après la mort, nous devenons successivement les habitants de la Lune, de Mercure, de Vénus, du Soleil, de Mars, de Jupiter et de Saturne, puis du firmament stellaire, pour ensuite pour contracter et nous réincarner" (La vie entre la morte et une nouvelle naissance, p. 110). 6) L'oubli s'installe, avec la réincarnation. Il se passerait 1400 ans entre deux incarnations. - Les réincarnationnistes se divisent sur la durée de l'intervalle, les règles de rétribution, etc.

modifier Bibliographie

  • Michel Hulin, La Face cachée du temps : l'imaginaire de l'au-delà, Fayard, 1985.
  • Le jugement des morts. Égypte ancienne, Asour, Babylone, Iran, islam, Inde, Chine, Japon, Israël, Seuil, 1961.
  • Narada Thera, La Doctrine Bouddhique de la Re-naissance, Maisonneuve, 1979
  • Erwin Rohde, Psyché. Le culte de l'âme chez les Grecs et leur croyance en l'immortalité (1890-1894), trad., Payot, 1953.
  • Pierre A. Riffard, "Comment se pose rationnellement la question de la vie après la mort ?", Thanatologie, n° 87-88, nov. 1991.
  • Patrice Van Eersel, "La Source noire". Livre de Poche. Sur les EMI

modifier Notes et références

  1. soit de l'individu après sa mort (eschatologie individuelle), soit de l'humanité (eschatologie humaine), soit de la nature (eschatologie cosmique).
  2. tome II de l'Ethnologie régionale de Jean Poirier, collection "Pléiade"
  3. Le livre des esprits, 1857
  4. Studies in spiritism, 1909, p. 254
  5. Vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation (1974, trad. 1985
  6. Pierre A. Riffard, "Comment se pose rationnellement la question de la vie après la mort ?", Thanatologie, n° 87-88, nov. 1991.
  7. Louis Gardet, L'Islam. Religion et communauté, Desclée de Brouwer, 1970, p. 102-103.
  8. Homère, Iliade, V, 395 ; IX, 569 ; XXIII, 107 ; Odyssée, X, 521 ; 536 ; XI, 49, 491.
  9. Aristophane, La paix, 421 av. J.-C., 832-837. Euripide, Oreste, 408 av. J.-C., 1683-1690. Voir Pierre Boyancé, "La religion astrale de Platon à Cicéron", Revue des Etudes Grecques (REG), 65 (1952), p. 312-350.
  10. Histoire des religions, coll. "Pléiade", t. I, 1970, p. 523.
  11. Louis Renou et Jean Filliozat, L'Inde classique, t. I, 1947, p. 334.
  12. Louis Renou et Jean Filliozat, L'Inde classique, t. II, 1953, p. 529, 541-543.
  13. Ake Hultkrantz, "Les religions des Indiens d'Amérique", apud Histoire des religions, Gallimard, coll. "Pléiade", t. III, 1976, p. 781-783.
  14. Proclos, Commentaire sur 'La République' de Platon, II, 338 : Orphée, Poèmes magiques et cosmologiques, Les Belles Lettres, 1993, p. 145.


modifier Annexes

modifier Articles connexes

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