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Le Tétragramme en phénicien (1100 AEC), araméen (du Xe siècle jusqu'à la conquête musulmane) et en hébreu carré moderne

Cet article traite de l'utilisation du tétragramme YHWH qu'en font les religions monotéistes, comme les témoins de Jéhovah . Pour l'histoire du dieu Yahweh telle que le voient les historiens, il faut consulter l'article Yahweh.

Le Tétragramme YHWH (יהוה) est un mot hébraïque composé des quatre consonnes yōḏ (י), (ה), wāw (ו) (ה), de valeur guématrique 26. Souvent présenté comme le nom hébreu de Dieu, ce mot est une forme verbale conjuguée de la racine trilitère היה hyh équivalente au verbe être du français1. Le Tanakh (la Bible hébraïque) rapporte que l'expression de ce verbe fut entendue par Moïse au sommet du mont Horeb dans le désert du Sinaï2.

Sommaire

modifier Prononciation

modifier Interdit de prononciation directe et noms substitués dans le judaïsme

Les Juifs s'imposent une interdiction de prononcer le Tétragramme, fondée sur le troisième commandement : « tu n'invoqueras pas le Nom de YHWH ton Dieu en vain ». Quand le lecteur rencontre le Tétragramme dans les Écritures hébraïques, d'autres expressions doivent lui être substituées à l'oral, le plus souvent Adonaï (אדני, « Mon Seigneur »), de temps en temps Elohim ("Puissances")3. Cette substitution se nomme le Qéré permanent et explique les points-voyelles utilisés dans les transcriptions modernes du Pentateuque : e-o-a quand il faut lire Adonaï, e-o-i quand il faut lire Elohim. Dans la conversation on utilise de préférence haChem ("le Nom" - cf. Lévitique 24:11). A l'école, on utilise aussi "Eloqim"4.

Pour ces deux raisons la prononciation exacte du Tétragramme, à supposer qu'elle soit possible, demeure incertaine. L'incertitude ne porte pas sur les consonnes, mais évidemment sur la place et le type des voyelles.

L'incertitude porte également sur l’existence de cette prononciation. Joel M. Hoffman, par exemple, dans In the Beginning, soutient que le Tétragramme n'a jamais eu de prononciation. Mais la plupart des hébraïsants sont d'un avis contraire. Ils s'appuyent entre autres sur les noms théophores5, comme Juda (Yehouda), et les chapitres du Pentateuque contenant le Tétragramme. En particulier un passage couramment appelé Le songe d'Isaïe, dont la prosodie et les assonances en "O" et "OU" suggèrent une prononciation usitée à l'époque de la rédaction du texte, c'est à dire avant l'interdiction comme le signalent nombre de nom théophores composés avec le tétragramme6.

Dans l'hébreu biblique on n'inscrivait pas les voyelles  ; le lecteur devait reconstituer ou ajouter de mémoire (s'il était savant) les voyelles appropriées au contexte de la lecture. Ce furent les Massorètes qui créèrent au milieu du premier millénaire le système de notation actuellement utilisé pour transcrire les sons vocaliques (voir l'article diacritiques de l'alphabet hébreu).


modifier Prononciations dans le christianisme

L'interdiction de prononcer le nom ne concerne pas seulement les juifs. Les chrétiens l'ont héritée de leurs origines. Depuis l'Antiquité en effet, la liturgie chrétienne remplace le Nom par Kyrios (en grec) ou Dominus (en latin) qui sont des équivalents de l'Adonaï (hébreu). Les Bibles protestantes quant à elles traduisaient par "L'Éternel". Ce n'est que récemment, depuis le XIXe siècle, que cette ancienne tradition "œcuménique" a commencé à s'effilocher au profit d'un vocable "innovant" et d'apparence scientifique et archéologique mais très contestable historiquement et théologiquement, à savoir Jéhovah.

Tétragramme dans l'église Saint-Merri à Paris, près du Centre Pompidou.

Cette transcription a été popularisée par Victor Hugo et par la traduction de la Bible de John Nelson Darby7, ainsi que par la Bible catholique du chanoine Crampon. Mais le catholicisme a utilisé de préférence la transcription « Yahvé » durant tout le XXe siècle, pour les éditions non liturgiques de la Bible, par exemple la fameuse Bible dite de Jérusalem.

Toutefois, à la fin du XXe siècle, l'Église catholique est devenue de plus en plus réticente à l'égard de la transcription « Yahvé ». Elle a fini par y renoncer en 2008, à l'initiative du pape Benoît XVI.

En 2001, la Congrégation pour le culte divin a déclaré : « De plus, en se conformant à une tradition immémoriale, évidente déjà dans la Septante, le nom de Dieu tout-puissant, exprimé en hébreu dans le Tétragramme, et traduit en latin par le mot "Dominus", doit être rendu dans chaque langue vernaculaire par un mot de la même signification8. »

La même Congrégation a envoyé une lettre, le 29 juin 2008, aux conférences épiscopales, pour leur rappeler qu’on ne doit pas désigner Dieu par le mot « Yahweh ». En octobre 2008, le synode des évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église a mis en pratique cette disposition de la Congrégation pour le culte divin en demandant « par directive du Saint-Père » qu'on n'emploie plus la transcription des quatre consonnes hébraïques, « le Tétragramme sacré », vocalisées en « Yahvé » ou « Yahweh », dans les traductions, les célébrations liturgiques, dans les chants, et dans les prières de l'Église catholique. Par respect pour le Nom de Dieu, pour la tradition de l'Église, pour le peuple juif, et pour des raisons philologiques, les catholiques ne doivent donc plus prononcer le nom de Dieu en disant «Yavhé »9. Dorénavant, le Tétragramme est donc traduit par « le Seigneur »10.

modifier Nature et étymologie

Le Tétragramme YHWH est, de l'avis général des grammairiens juifs du Moyen Âge, conforté par celui de Baruch Spinoza, une flexion verbale artificielle de la racine trilitère היה hyh (approximativement traduite en français par « être » ou « devenir »). Fléchie sur la structure (binyân) de type pâ'al, cette racine donne, à la troisième personne du singulier la forme hâyâh de l'aspect accompli (il a fini d'être), la forme yiheyèh de l'aspect inaccompli (il se prépare à être), et la forme du participe présent hôwèh au masculin (étant) dont le féminin est hôwâh. La combinaison du préfixe yi- de l'inaccompli et du participe présent hôwèh donnerait une forme hybride méta-grammaticale hypothétique yihôwèh dévocalisée par l'orthographe consonantique de l'hébreu antique en Y.H.W.H dont la signification pourrait approximativement s'énoncer ainsi : « Il se prépare (à être) en étant », ou « en étant Il devient », le rejet de la forme accomplie hâyâh pourrait signifier qu'« Il n'a jamais fini d'être », autrement dit : « Il ne cesse de devenir en étant (éternellement) ». La majorité des philologues modernes ont repris cette hypothèse11. En sorte que Segond traduit par l'Éternel.

Son Nom (haShem) restera toujours ineffable, mais le verbe YHWH n'est pas un nom. Par respect les juifs considèrent ce mot verbal indicible, lui aussi, d'où la coutume de ne pas vocaliser le Tétragramme mais de remplacer son énonciation par l'expression d'un des nombreux attributs de Celui qui n'est pas nommé (Adonaï par exemple, littéralement « Mon Seigneur12 »).

André Chouraqui transcrit IHVH plutôt que YHWH, et dans les milieux de langue allemande on écrit JHWH.

D'autre part, Henri Meschonnic indique que le Tétragramme aurait en partie à voir avec le nom d'une divinité sémitique plus ancienne, Yah13.

L'explication du Tétragramme par la Bible elle-même se trouve en Ex III; 13-14 (épisode du Buisson ardent). Moïse dit à Elohim : « Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis : "Elohim de vos pères m'a envoyé vers vous." Mais s'ils me disent : "Quel est son nom ?", que leur dirai-je ? Elohim dit à Moïse : "Je suis ce que je suis" (Ehyéh Acher Ehyéh אֶֽהְיֶ֖ה אֲשֶׁ֣ר אֶֽהְיֶ֑ה) Et il dit : "Voici ce que tu diras aux Israélites : [mot à mot] "Je serai qui je serai" ou, plus métriquement, "que je sois qui je serai" (Ehyéh) m'a envoyé vers vous." » — traduction dite « de la Bible de Jérusalem ». L'expression est rendue par « Je suis celui qui suis » dans la traduction due à Louis Segond et par « Je suis qui Je serai » dans la TOB. La Bible du Rabbinat traduit elle par « Être invariable », ce dont Meschonnic se lamente 14 disant qu'il s'agit d'une contamination du Theos grec de la Septante.


modifier Traditions et œuvres liées au Tétragramme

Nom divin dans une église de Sør-Fron, en Norvège
  • Yahwisme (l'une des sources de rédaction du Pentateuque selon l'hypothèse documentaire)
  • Mythe du Golem (la supputation d'une prononciation exacte du Tétragramme, et de ses effets de puissance - voire de ses effets "magiques" -, a beaucoup alimenté la production mystique. Le mythe du Golem en est une des nombreuses occurrences, popularisée à l'époque moderne par un roman de Gustav Meyrink)
  • Jah (cf. note 1 ci-dessous)
  • « La mort et la boussole », nouvelle de Jorge Luis Borges dans le recueil Fictions (mise en scène d'une série de meurtres conçus en fonction du Tétragramme et ponctués par « La première lettre du Nom a été articulée », « La deuxième lettre du Nom a été articulée »...) ; L'Aleph, même auteur (reprise indirecte des thématiques de la "puissance" du nom divin).
  • L'Adversaire, roman policier d'Ellery Queen ("lecture" de quatre crimes sur le modèle de la "lecture" du Tétragramme)

modifier Notes

  1. Shmuel Bolozky, 501 hebrew verbs fully conjugated, page 149.
  2. Livre de l'Exode (Chemoth) au chapitre 3, dans la Bible massorétique bilingue traduite en français sous la direction du Grand-Rabbin Zadoc Kahn, pages 107 et 108.
  3. ´Èlohim est le pluriel de révérence de ´Èl, nom commun désignant la divinité (= "dieu" avec une minuscule.)
  4. Lors des bénédictions, à la synagogue ou à la table familiale, les participants saluent la prononciation d'Adonaï par la révérence "Baroukh ouBaroukh Chemo" (Béni, Béni deux fois [soit] son Nom").
  5. Noms propres comportant une référence à la divinité - le plus souvent au Tétragramme.
  6. généralement considéré comme l'un des plus anciens du corpus biblique, rédigé vers le VIIIe siécle avant l'ère commune. Thomas Rohmer et alii, Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides
  7. Selon Gérard Gertoux, auteur Témoin de Jéhovah ce nom se serait prononcé à l'origine Ihoua (Gertoux, Gérard, The Name of God).
  8. Curie romaine.
  9. Article de Zenit, 24 octobre 2008.
  10. La Congrégation se réfère ici à la Vulgate, où saint Jérôme traduit le Tétragramme par le mot latin Dominus, « le Seigneur ».
  11. Grammaire hébraïque (flexion verbale des racines trilitères, aspects accompli et inaccompli).
  12. Mais aussi « mon mari » selon le BDB-Thayer, Hebrew English Lexicon, Hendrickson.
  13. Il s'appuie sur le fait que יה (Yah - ou Jah dans les transcriptions alemandes) est une graphie synthétique qu'on retrouve plusieurs fois dans le Pentateuque (cf. ainsi Ex XVII; 16) en lieu et place de YHWH ; préface de Gloires, Desclée de Brouwer
  14. Henri Meschonnic, op.cit

modifier Voir aussi

modifier Bibliographie et liens Internet

  • André Chouraqui, L'Univers de la Bible, Editions Lidis-Brépols, Turnhout / Paris, 1984.
  • Gérard Gertoux, Un Historique du nom divin יהוה - Un Nom Encens, L’Harmattan, Paris, 1999.
  • Volume La mystique juive de l'encyclopédie Mythes et Croyances du Monde Entier, Editions Lidis-Brépols, Paris, 1985.
  • Jean-Marc Rouvière, Brèves méditations sur la création du monde, L'Harmattan, Paris, 2006.
  • Baruch Spinoza, Abrégé de grammaire hébraïque, Librairie philosophique Vrin, Paris, 2006 (traduit du latin).
  • Henri Meschonnic, Gloires, Desclée de Brouwer, Paris, 2001.
  • José Seknadjé-Askénazi, "La philosophie de la grammaire", Les Nouveaux Cahiers n° 124, Paris, 1996.
  • La prononciation des noms divins et leur écriture chez les juifs sepharades, fichier PDF sur [1]
  • Gilbert Dahan, L'exégèse chrétienne de la Bible en Occident médiéval, Le Cerf, Paris, 1999.
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